Affichage des articles dont le libellé est Politique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Politique. Afficher tous les articles

dimanche 18 septembre 2016

Nuit noire sur Brest

de Damien Cuvellier, Bertrand Galic et Kris


29 août 1937 en rade de Brest, un sous-marin républicain espagnol fait surface au milieu des eaux brumeuses. Il doit accoster pour des réparations.  Très vite un commando franquiste s’organise pour prendre possession du submersible. Ces hommes vont s’appuyer sur des fascistes locaux pour mener à bien leur entreprise.

Ils ont recours aux charmes d’une entraineuse, la belle Mingua proche du commandant du navire, pour exécuter leur plan. Mais voilà que les communistes et anarchistes en tête, s’organisent pour leur resister. Leur mot d’ordre : “No Pasaran ! Mort au facisme !”
L’affaire du sous-marin C2 a été occultée par le déclenchement de la deuxième guerre mondiale qui a suivi. Pourtant, cet episode oublié est révélateur des contradictions du Front Populaire. En effet, le gouvernement de Léon Blum n’a jamais soutenu officiellement la république espagnole alors meme qu’il organisait des livraisons d’armes aux républicains.
Le contrôle du submersible voit les forces nationalistes et fascistes –représentées en France par “la cagoule”- une organisation d’extrême droite qui avait pour but de renverser la IIIème république- s’opposer aux forces de gauche comme dans une répétition de ce qui se jouait alors dans la péninsule ibérique. Brest devient le théâtre d’un ballet où se croisent militants de tout bords, espions, marins et femme fatale.
Le dessin nous plonge dans l’atmosphère des années 30, Damien Cuvillier le dessinateur, jouant des couleurs avec talent, en particulier dans les scènes d’intérieur. Côté scénario, Kris et Bertrand Gallic parviennent à rendre fluide un récit complexe avec de nombreux personnages et péripéties. Le dossier rédigé en fin d’ouvrage par Patrick Gourlay – historien et enseignant - est un prolongement et une mise en perspective passionnante de ce fait historique. Les coauteurs se retrouveront bientôt pour un nouvel album dans lequel il sera à nouveau question de la guerre d’Espagne.

A noter : un film documentaire “L’affaire du sous-marin rouge”, réalisé par Hubert Beasse et diffusé en novembre 2016 sur France 3 –un autre point de vue sur cet évènement-, et un webdocumentaire réalisé par Céline Dréan diffusé à partir du 15 octobre sur les sites web de France Bleu et France Télévision, qui traite du processus de creation de la BD “Nuit noire sur Brest”.




Fiche technique :
Adaptation, Scénario et Dialogues : Bertrand Galic et Kris
D'après Nuit Franquiste sur Brest de Patrick Gourlay
Dessin et couleurs: Damien Cuvellier
Editeur : Futuropolis
80 pages



samedi 30 janvier 2016

Alexandre Jacob, journal d'un anarchiste cambrioleur

de Vincent Henry et Gaël Henry


Début du XXème siècle. Le procès d’Alexandre Jacob et de ses camarades se tient au Palais de Justice d’Amiens. Ils sont accusés de plus de trois-cent vols par effraction. Alexandre Jacob qui se définit comme anarchiste-cambrioleur en profite pour transformer les débats en tribune politique.

« En un mot il m’a répugné de me livrer à la prostitution du travail. La mendicité c’est l’avilissement, la négation de toute dignité. Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. »

Alexandre Jacob, né à Marseille, embarque très jeune sur des bateaux de commerce. Il fait le tour du monde et découvre les inégalités et l’exploitation. Revenu en France, il épouse la cause anarchiste à laquelle il reste fidèle jusqu’à sa mort en 1954. Si Jacob est un voleur, ils ne volent que les riches qui sont du côté de la loi, de l’Eglise, de la politique et du sang. Et c’est pour « donner aux pauvres » et au mouvement anarchiste. L’argent va ainsi servir à financer journaux militants, campagnes politiques… 

La trajectoire de cet aventurier, qui inspira le personnage d’Arsène Lupin à Maurice Leblanc, est ici restitué avec éclat par Vincent Henry au scénario et Gaël Henry aux pinceaux. Mais contrairement au « Gentleman-cambrioleur », Jacob revendique son enracinement social et son engagement. Le scénario est chronologique. Il est jalonné par les moments importants de la vie d’Alexandre Jacob… Le procès qui l’enverra au bagne de Cayenne, constituant un temps fort de l’ouvrage. A chaque péripétie, chaque épreuve, le personnage est ainsi porté par son combat politique.

Le graphisme en noir et blanc, qui s’inspire des dessins de presse de la fin du XIXème, donne au récit tout son relief. Les visages proches de la caricature et les décors vite brossés s’accordent à l’ambiance de l‘époque et à ce personnage haut en couleur. L’humour n’est pas en reste. Et on sourit plus d’une fois aux grimaces du juge qui s’étrangle devant le discours tenu par Jacob quand il comparaît à la barre.
Le propos très politique, comme le souligne la citation inscrite sur la quatrième de couverture « La propriété, c’est le vol ! », résonne encore aujourd’hui. Et l’histoire de « ces travailleurs de la nuit » depasse la simple biographie ou le roman d’aventure pour nous immerger dans une la lutte des classes telle qu’elle a pu exister au début du siècle dernier.


Fiche technique :
Scénario : Vincent Henry
Dessin : Gaël Henry
Editeur : Sarbacane

156 pages